Accueil
Enregistrez-vous
images/stories/Jenny MMFC0118couleur.jpg

Boite vocale : Médias, Politique, Artiste, Activiste et même Famille !
Je vous ai déjà dit que je ne sais pas comment l'expliquer ou lui plaire.
Je sais simplement que je n'oublierai jamais que je viens du populaire. 
Je ne parle pas pour lui, je ne parle pas en son nom, je parle avec lui.
Et il n'a pas de frontières sinon celles que chacun peut choisir de lui donner.

Quel dommage… Tous ces gens avec qui j'ai trippé fort, avec qui si souvent j'ai parlé, écrit, composé, rêvé, trippé liberté ! 
Et qui aujourd'hui me demande de choisir mon camp ?!!! 

Je ne voulais pas ajouter ma voix parmi tous les débordements et toutes les dérives. J'avais pas l'goût de conjuguer avec les fusillades d'insultes venant de toutes parts dans le no man's land, préférant me taire pour réfléchir l'ensemble au lieu de me diviser. 
Je croyais que la douleur était vénérable. Que devant elle, on retenait notre souffle, par respect, pour voir ce que l'on fait et ce que l'on peut faire.
J'ai été surprise de voir à quel point personne ne l'entend plus quand la peur la caviarde. Car oui, c'est elle la seule censure. Cette peur que la réalité de l'autre empiète sur notre propre existence fragile.
Ça me brise le coeur. Alors je brise mon silence.

Pourquoi est-ce si difficile de comprendre le sacré ? 
Dire à quelqu'un : « Tu ne porteras pas ces vêtements quand tu entres chez moi, même s'ils te sont sacrés » ça se respecte. 
Mais dire à quelqu'un : « Tu n'as pas de chez toi car je ferai tout ce que je veux du sacré qui t'appartient » , où est le respect ?

Pourquoi est-ce si difficile de comprendre qu'il y a des émotions qui ne nous appartiennent pas ?  
Qu'il existe des choses qu'on honore en les regardant sans jamais les toucher, qu'on partage seulement en les pointant du doigt ? 
Qu'il y a des sensibilités qu'on ne peut pas intérioriser ni personnifier sans nécessairement jouer faux et donc les profaner, puisqu'il n'y a pas d'abstraction possible, puisqu'elles ne peuvent pas empiriquement faire partie de notre propre vécu ? 
Surtout quand ces sensibilités existent encore, ombragées par les nôtres, par cette part d'une même histoire qui en profite encore ?

Non, je ne parle pas du culturel. 
C'est un honneur de partager tout ce qui nous caractérise. 
Je parle d'appropriation du réel. 
Car en réalité, l'esclavage existe encore. 
Et c'est là tout ce qu'il faut comprendre et donc interpréter avec justesse. 
Quand tu dis le mot “esclave”, pour moi c'est pas de l'art,
certainement pas de l'entertainment
et si c'est juste les affaires, as usual, ce n'est toujours pas moi qui en profite. 
Quand j'entends le mot « esclave », je lève la tête comme si tu dis mon nom. 

Comprends que si je ne me vois pas quand tu mets en scène LA réalité,
que je suis absente en ce que tu appelles ta liberté ou ton imaginaire, 
que je le suis encore même en ce que tu appelles MON esclavage
et que je n'entends même plus la douleur et la force, la profondeur du feel existentiel de la voix de mes aïeux dans nos propres chants sacrés,
c'est que pour toi, je n'existe pas objectivement. C'est qu'avec toi, je ne suis pas, distinctement. 
C'est pas moi qui le dis, c'est la science : « L'homme est une mémoire qui agit ».
Si avec toi on m'oublie, si avec toi je n'existe pas, contre toi je résiste. 

Alors si tu es conscient que l'histoire est une réalité qui perdure avant d'être de l'art, 
si tu es conscient de la provenance de ces chants que mon peuple a soufferts, a priés, a pleurés, avec lesquels il a gardé la tête haute sous le soleil et les coups, puis fermé les yeux devant tant de cercueils et de berceaux...alors tu sais qu'on ne peut les chanter de façon honorable sans ceux qui leur rendront justice. 

Tous les grands artistes le savent, il y a des répertoires qu'on n'osera jamais toucher, ne serait-ce que par humilité.
Mais qu'y a-t-il de plus respectable que la mémoire d'un homme qui cherche encore à épargner la valeur de sa vie dans un monde où la vie s'achète et se gaspille, où la vie s'offre en spectacle ?

Jamais je ne mettrais muselière à la muse. 
Mais si je t'affirme que tu dis quelque chose qui me blesse, te fous-tu de ma gueule à ce point pour continuer à la répéter sans te taire d'abord pour comprendre pourquoi ça m'a heurtée ? Tu ne veux pas qu'on en parle entre nous, qu'on essaie d'abord de nous mettre d'accord entre l'intention et sa portée ?

Entendons-nous,
ce n'est pas que des Noirs aient chanté au passé mais bien parce que des Noirs chantent encore au présent, des chants de nègres, pour survivre. 

Merci pour votre écoute…

Jenny

 

 

 

J'suis sur Twitter !