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Duceppe Insta carre saisonALT2020 KD

Noir

J'entre en scène à partir du moment où Alexandre Goyette (celui qui a écrit la pièce originale et qui a lui-même joué King Dave autant au théâtre que dans l'adaptation au cinéma) fait vibrer mon téléphone...
Il m'explique, dans une conversation très intéressante et même très importante, qu'à la prise de conscience de tout ce qui se passe en ce moment socialement dans le monde et particulièrement ici au Québec quand aux évènements puis débordements autour du meurtre de George Floyd, aux prises de paroles sur le racisme systémique et aux actions nécessaires face à l'inéquité raciale, il avait envie de se responsabiliser lui aussi, de faire sa part.
Voilà où s'enracine pour lui l'idée de reprendre son oeuvre totem, celle qui a eu un énorme succès il y a 15 ans, mais en cédant son rôle aujourd'hui en 2020, celui de King Dave, à Anglesh Major, un jeune acteur haïtiano-québécois qu'il avait vu jouer y'a quelques années, qui l'avait vraiment impréssionné et qu'il s'était promis de revoir.
L'équipe de Duceppe a adoré l'idée. Elle a embarqué. C'est elle qui la présentera.

Anglesh dans un premier rôle, dans un seul en scène, à la Place-des-Arts... woush ! Placez deux ou trois emoji de feu ici. C'est chaud. 
Mais chaud patate ! Comme disent les Haïtiens de Guyane !  
Quelle histoire va-t-il porter exactement ? Quel “statement” ?
Parce qu'un noir qui joue un premier rôle, celui d'un jeune délinquant, faut-il le dire, à la PDA, y'a pas photo; Ce sera interprété par tous, quoi qu'on dise, comme une affirmation. 
Car les jeunes noirs délinquants sont plutôt dominants dans les clichés qu'on est tannés de voir et qui ne nous représentent pas. 

J'écoute. Je réponds.
Ça va prendre d'la musique pour que la trame de fond qui ambiance le script puisse bien s'agencer ! Pour que “ça sonne” vrai, cette histoire dans le franc parlé d'un homme noir en qui l'enchaînement des éléments, du temps, des lieux, des actions-réactions, des conditions des marges de vie de Montréal imprègne la peur. 
Cette peur qui nous mène tous, d'une façon ou d'une autre, dans un environnement ou dans un autre, à un moment ou à un autre à une  inertie... ou à un agir sans réfléchir.
Réfléchir... Qu'on le sache ou non, c'est ce qu'on fait toujours. Les uns sur les autres.

Je vous épargne tous les épisodes de vives discussions sur le scénario de base, sur les nécessités d'ajustements, sur les détails des uns, pierres angulaires des autres, sur l'ordinaire des uns, le sacré des autres, sur les possibles chialages de toutes parts et le réel travail, la réelle mise en oeuvre consciente de chacun. J'vais pas m'élonger sur l'importance de la justesse de la langue parlée du personnage, ni même sur le poids de l'histoire passée et à venir exprimé par tous les gestes qu'il pose dans cette oeuvre qui enfin parle de nous. Pour nous ?
Et si je n'entre pas dans le vif de ce sujet, ce n'est certainement pas pour le balayer du revers du script ou de mon kob en éventail. God no. C'est que l'exercice a été très prenant, comme toujours, en temps et en énergie que je me refuse à résumer en quelques phrases sous une affiche promo. Mais ça a été très enrichissant. J'ai appris beaucoup, dans les deux sens. 
J'ai choisi de partager la confiance avec Christian (Christian Fortin, à la mise en scène) et Anglesh. 
Car franchement, le jeu en vaut la chandelle.
Je laisserai parler l'oeuvre et la conversation qui s'en suivra. 

Au terme de plusieurs échanges, toute l'équipe s'est harmonisée autour d'une même volonté :
À Montréal en 2020, King Dave va être noir et ça va s'entendre, ça va se voir et il sera universel. Boom !
Ça va frapper, ça va faire jaser, ça va être du lourd, du défi pis d'l'ouvrage ! 
Mais on est rendu là. C'est ce qu'il faut. On fera juste, on fera vrai, on fera de notre mieux. Go. 

***
On arrive bientôt à la date de la première. 
J'entends des tintements et ce ne sont pas que les murmures de la fébrilité, ni que ceux de cape et d'épée.
C'est aussi l'écho qui marque le temps d'une nouvelle époque, du changement qu'on subit ou qu'on décide de construire à notre image, une scène à la fois. Alors faisons l'histoire. 
Je suis en train de mettre les derniers effets sur les dernières notes de musique. 
J'essaie de faire en sorte que chaque son, chaque instrument illustre tout ce que je viens de dire et tout ce que je n'ai pas encore dit, sur la profondeur qui l'habite, l'amour qui le jure, les regards qui le jugent, l'histoire qui le pèse, sur le symbole de la couronne de King Dave. 



Dès le 29 septembre, Théâatre Duceppe, Place-Des-Arts
Interprétation : Anglesh Major
Texte : Alexandre Goyette avec la collabo de Anglesh Major
Mise en scène : Christian Fortin 
Musique et conception sonore : Jenny Salgado

 

 

 

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