à Dessine-moi un dimanche (avec Catherine Perrin)

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Cette semaine, j'ai entendu dire beaucoup de bêtises, encore... de mensonges sur l'immigration, sur les fautes des immigrants, sur tout ce qui ne va pas au Quebec et qu'on leur met - par imposture ? par peur ? par négligence facile ? - à tort sur le dos.
J'ai entendu dire aussi qu'on n'entendait pas suffisamment la voix de ces immigrants, qu'on ne les voyait pas prendre parole pour se défendre ;
*Tchuip...
Et personne n'a pensé que ces immigrants sont peut-être trop occupés à survivre pour accorder du temps et de l'énergie à vos balivernes médiatiques ?
Que d'autres sont bravement essoufflés mais debouts, humbles devant l'horizon et simplement reconnaissants d'avoir survécu à la mer ? Ou d'avoir été portés par elle ?
Et que d'autres peut-être n'en ont plus rien à battre et ne sont plus ébranlés par ces calomnies qui se répètent en boucles depuis trois ou quatre générations déjà ?
Ils sont occupés à vivre. À vivre leurs vies. Et les nôtres aussi. Trop occupés à transmettre le vivant et l'amour pour que la médiocrité et la mesquinerie n'arrivent ne serait-ce qu'à leurs chevilles.
Oui, on est là. Là où tous les moments de cette vie qu'on partage nous ont voulus. Là, pas qu'au passé, pas que pour passer mais comme le présent... et l'avenir.
🔥
Méfiez-vous du typhon qui dort.
Car le silence ne dort pas quand il est d'or.
« Lire…c’est oser le vertige.
Que serait mon élan sans mon antan ?
Memoria.
Le mat qui tient la voile a toujours besoin d’un socle solide.
On peut donc lire comme on se souvient. Car derrière chaque livre, on lit d’autres livres, parfois jamais écrits mais tapis au fond de nous.
Jour de lecture, jour de rencontres, jour de réveil ! Qu’on nous frotte les yeux !
Parfois, démiurge, un auteur lève un rideau et vous dévoile tout ce que vous ignoriez en croyant connaitre un être cher.
C’est Hemingway qui m’a tout appris du courage, de la volonté, de l’abnégation, de la dignité, de la condition de mon grand-père, pêcheur Niodioroi…
Alors, quand on me parle de l’identité d’un écrivain, je réponds : foutaises !
Lire un auteur par et pour ses origines n’est que pure hérésie littéraire.
La fragilité de l’humain, les questions existentielles et la vision du monde que les bons auteurs savent nous transmettre rendent toutes les frontières poreuses.
Tentaculaire, la généalogie littéraire surplombe toutes les barrières. Nous sommes dispersés sur le globe mais la littérature nous tisse des liens. »
Fatou Diome (Le vieil homme sur la barque)




