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L’émission s’appelle « Tout le monde en parle » et le stunt de Gab Roy en a saisi plusieurs et a beaucoup fait jaser. Normal, il est invité. 
Bien ! que j’me suis dit. Le débat peut être très intéressant et même nécessaire. 
On va enfin pouvoir parler des limites et des fonctions du “populaire”, de ses moyens et ses outils de diffusion, de ce qui devrait être raconté ou dissimulé au public, de l’importance de ses mots d’ordre “cool, fun et sympathique”…bref, du contrôle de la pensée commune.

Beaucoup de bruit, de piaffements, de chevauchements sur le panel.
Beaucoup de colère et d’énervement. Compréhensible, mais ça, on l’avait déjà ressenti bien avant l’émission. 
Que cherche-t-on en exposant l’histoire sur une telle tribune sinon d’avancer la réflexion un peu plus loin ? Car je suis d’accord que l’on soit à cheval sur des principes mais bordel, faut bien que la monture nous fasse avancer !
Dommage. Gab Roy s’est fait lancer tout un tas de premières pierres en public : “C’est mal ! C’est dégueulasse ! C’est d’la provoc ! Ta gueule pauvre con, nous sommes vexés !” 
Certaines questions étaient posées mais sous tout le vacarme, on entend encore que le martellement de slogans museleurs de toutes parts, très peu d'explications (à part peut-être M.Jodoin), sans faculté de détails de la cause et de l’effet, sans discussion réelle…sans construction.

On ne peut pas bâtir une société en passant tout notre temps culturel à chauffer l’monde en jetant de l’huile sur les feus pour faire sauter la pop corn et en se divisant entre ceux qui s’marrent, ceux qui s’en foutent et ceux qui s’insurgent sans raisonnement. 
C’est insensé. On ne peut pas juste brasser d’la merde et rallier les amasseurs pour l’échafaud !

Gab Roy a ouvert la porte au débat dès qu’il a osé comparer son œuvre à celle du grand Yvon Deschamps.
Gab, voici justement la profonde et fondamentale différence entre toi et ce dernier :
Quand M.Deschamps entre CLAIREMENT dans la peau d’un personnage pour jouer l’idiot, le misogyne, l’inconscient ou le xénophobe, son texte est ponctué ou conclu d’une subtilité délicieuse, judicieuse et assassine, évidemment perceptible (pour toute personne ayant un minimum de QI), qui élève, détaille et mûrit son propos. Il incarne foncièrement un caractère type dans le but précis de le détruire ou du moins, de le questionner.

Quand on te lit, plusieurs questions restent sans réponse :

  • Est-ce réellement ta pensée que tu partages ou est-ce que tu incarnes toi aussi un personnage ? Car ce n’est pas clair et si tu joues un perso, on ne peut pas non plus savoir si tu le moques, si tu le condamnes ou même si tu ne fais que simplement oser dire en caractère gras ce que tu considères que plusieurs, comme toi, pensent très bas.
  • Alors, en supposant que c’est un personnage, à quoi sert-il ? Est-ce que c’est de la pure provocation ? Et si c’est l’cas, est-ce que la provocation peut se tenir seule, comme une finalité en soi ?
  • Tu ne donnes aucune trace de direction. Peut-on provoquer sans se tenir responsable des conséquences ?
    Et cette question ne se pose pas qu’à toi mais à tous les soi-disant diffuseurs de vérités ! Car on ne peut pas plus censurer qu’exposer totalement une dite réalité sans accepter d’être aussi mandataire des contrecoups, non ?
  • Sinon, à qui revient dans notre société le devoir de provoquer et de responsabiliser la réflexion ?
  • Si tu t’es excusé, c’est que t’acceptes que t’es allé trop loin, n’est-ce pas ?  Elle est où, la frontière du trop loin ? Qu’est-ce qui la délimite ?
    Certains diront que c’est typiquement féminin comme exigence mais soit. Parfois, le féminin est général : Les mots “ Je m’excuse ” ne suffisent pas s’ils ne sont pas que l’introduction à un plaidoyer concis mais explicite sur le « Voici pourquoi j’ai eu tort et pourquoi ça ne se reproduira pas ».

Les réponses à ces questions, j’aurais aimé les avoir entendues hier soir à l’émission. Car si «Tout le monde en parle», j’ose espérer qu’il y a au moins quelques personnes parmi tout ce monde qui en disent plus que ce qui a été entendu. Autrement, tout l’monde divague et on ne se parle plus. 
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et si on ne sait plus être constructifs, si on ne détaille plus les corrélations, les causes et les effets en passant d’un point A à un point B, il ne reste qu’un pas entre l’absurdité et la surdité.

Dans l'émission de Bazzo TV du 3 octobre 2013, Boucar Diouf s'est exprimé dans un édito très original mais qui, ma foi, est impossible à résumer. Écoutez-le sur le site de Télé-Québec ou en cliquant ci-bas sur l'image.

Mais c'qui a retenu particulièrement mon attention, c'est le moment où Boucar semble expliquer aux enfants d'immigrants qu'ils doivent se départir de l'idée de se présenter avec l'identité culturelle et le drapeau de leurs parents parce qu'ils sont d'abord et avant tout Québécois. Il semble dire que leur deuxième identité, celle du pays d'origine de leur histoire, pourra venir plus tard, s'ils en font le choix, évidemment.

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Boucar, l'histoire n'est pas un drapeau qui flotte ou qu'on a plié, qu'on laisse derrière soi et qu'on regarde s'éloigner dans le rétroviseur. Elle va toujours, qu'on le sache ou qu'on ne le sache même pas, qu'on l'ignore, qu'on la dédaigne ou qu'on la pleure, nous appartenir et nous habiter. Et ce, d'autant plus qu'elle est jeune et qu'on la souffre encore.Qu'on souffre ce qu'elle était, ce qu'elle aurait dû être, ce qu'elle aurait pu être, ce qu'elle est encore ou ce qu'elle n'est plus.

 

http://www.jennysalgado.com/dessins/proletairegheist2.pngJ’voulais éviter de commencer ce billet en m’excusant de la longue absence de mes mots. J'vais pas commencer ça. Parce que ça ferait beaucoup trop de textes qui commenceraient par cette même excuse.
Et puis soit, j’me dis. Si c’est l’cas, ça donnera un style et c’est tout, non ?

Se fendre l’âme, se briser l’cœur, se casser la tête…c’est c’qu’ils disent, les artistes doués, quand ils parlent de mettre au monde leurs œuvres !
Moi, je n’suis qu’une femme qui sait, qui le sent dans ses guts que la plus grande des œuvres est de donner le jour.
Mais j’ai peur de la souffrance. Car le don est souffrant. Souffrant comme le jour qui l’accueille, un sourire en coin, en lui disant :
“Tu devras t’encastrer. On te dira que je t’appartiens mais tu devras m’encastrer, emboîter le pas.”

 

http://www.jennysalgado.com/images/stories/photos/danse.png

«Hein ! Y doivent te payer beaucoup pour que t’acceptes de faire ça à chaque année !»

«Ça doit être comme monter un tit spectacle de maternelle, non ?»

«Ayoye ! Ça doit pas être évident ! Juste capter leur attention pour qu’y’écoutent…»

«Ouin… T’as comme pas l’choix de t’rabaisser à leur niveau…»