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26-10-24

Ça a été un honneur pour moi de faire partie de la cinquantaine de personnes à qui La Presse a demandé de choisir les 25 albums classiques du premier quart de siècle. 
Ça a été un exercice très intéressant mais oh combien tourmentant, entre les nostalgies et tout ce qui perdure. Déchirant aussi ! Y'en a bien plus que ce que permet l'espace alloué ! Comment choisir ? C'est impossible quand tous les goûts sont dans ma nature. Mais heureusement, le suffrage a tranché... 

Je rappelle que, du moins pour moi, s'il faut être cohérent sincère et effectif, le but de l'exercice n'était pas de nommer mes choix personnels, mes albums préférés à moi mais bien ceux que je considère avoir marqué le plus et le mieux l'époque et le territoire. Quand bien même qu'un album soit excellent, s'il est ombragé par 10 autres qui eux ont façonné le visage de la musique québécoise, changé la manière de composer dans un style ou un genre ou tous les genres, imposer des réflexions profondes sinon carrément des nouveaux traits à notre identité culturelle, je ne vais pas me mentir à moi même et chercher à les imposer. 

Voilà c'que ça a donné : 
Et grosse surprise qui me touche profondément que de découvrir qu'une mention d'honneur a été remise à Muzion malgré le fait que notre album ne soit pas admissible parce que sorti en 1999 et non en 2000. Très cool. Merci la gang. 

Pour comprendre pour quelles raisons plusieurs d'entre nous avons nommé l'album «Rêver mieux» de Daniel Bélanger en évidente première place, c'est ici : https://www.lapresse.ca/arts/musique/musique-populaire/nos-25-nouveaux-classiques/2024-10-26/exercice-d-admiration.php

Et pour comprendre le procesus de vote et connaitre les noms du jury : https://www.lapresse.ca/arts/musique/musique-populaire/nos-25-nouveaux-classiques/2024-10-26/chers-classiques-c-est-votre-tour.php 
À partir de ce lien, vous trouverez tous les articles de ce dossier ainsi que le podium et la liste des nommés. 

 

 

 

 

À ma chronique littéraire pour l'émission «Dessine-moi un matin»  

Avec Franco Nuovo

08-12-24

Chronique littéraire épisode 3 : The Message de Ta-Nehisi Coates

On arrive à la fin de l’année, à l’heure des bilans. Plusieurs d’entre nous sont préoccupés par l’état géo-politique du monde, par ce qui s’y passe au niveau humain surtout. 
Pour ma dernière chronique de 2024, je ne pouvais pas passer à côté de l’urgence qui prime. 
Je choisis de présenter un personnage - et une oeuvre - qui ose nommer les détails des événements tels qu’il les voit, qui considère qu’il est impossible d’intervenir ou d’interagir au sein d’un concept qu’on ne peut visualiser et que c’est donc le devoir de l’auteur de faire, le plus précisément possible, apparaître l’évidence aux yeux de ses lecteurs et à la lumière du monde.

« Même ces mots que j’écris ici, dans cette tentative, cet effort, cette recherche de réparation, ne sont que l’histoire d’un étranger. Une histoire racontée par un homme qui est encore aveuglé par le Knafeh et le café arabe, qui est encore au point de départ d’un parcours que d’autres ont marché depuis leur naissance. La Palestine n’est pas ma demeure. Si les palestiniens doivent réellement être vus, ce sera à travers les histoires tissées par leurs propres mains, non celles de leurs pillards ni même de leurs camarades. »

« Tout ce qui se dit en ce moment, tout le bruit au sujet des livres bannis et de la censure se trompe de piste ; tout ça ne me concerne ni moi, ni quelconque autres auteurs du moment. Le vrai sujet, ce sont les auteurs de demain, les frontières de leur imagination, l’angle de leur pensée, la profondeur de leurs questionnements...  » 
Puis il écrit à ses étudiants : « 
« J’essaie de vous ruer vers un concept nouveau, celui d’écrire non pas seulement pour contrer les mythes de conquêtes, les mythes des conquérants mais surtout contre votre propre désir ardent d’ériger les vôtres [...] The Words will save the World... » - Ta-Nehisi Coates 

 

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 Cliquez sur l'image pour écouter la chronique


 

27-10-2024

Chronique littéraire épisode 2 : L'histoire de la langue française avec Alain Rey 

Dans le premier épisode, je parlais de l'importance d'apprendre à lire avant même d'apprendre les mots. Savoir porter attention et intérêt à ce qui nous entoure, à ce qui est, à ce qui se passe à tous les temps.
Aujourd'hui, on parle de la première attention qui nous interpelle, de cette première voix qu'on entend et qui deviendra nôtre : notre langue maternelle... 

Hommage à Alain Rey, grand lexicologue, qui a donné sa vie à l'aimer cette langue et à nous raconter toute son histoire comme un conte de faits.

Cliquez sur l'image pour écouter la chronique

Franco Nuovo sourit.

 

 

 

 

 À l'émission « Une époque formidable »

Une époque formidable
 
 

Je suis rentrée hier soir du tournage du prochain épisode (celui qui sera diffusé le 6 novembre prochain) de l’excellente émission “Une époque formidable”, animée par Stéphan Bureau à Télé-Québec.
On m’y a invitée, parmi d’autres, face à d’autres, pour défendre, encore une fois, les libertés de la langue française. 
[…]
Je pose ici des points de suspensions pour vous permettre de souffler, d’inspirer, de prendre patience et conscience…de réceptionner tout ça avec moi. 
Je suis désolée si je me répète encore sur ces questions là. Je ne fais que répondre aux invitations et aux propos, en toute constance. C'est que dans le script du monde, y'a tellement de volontés pognées qui ne se désinhibent et qui ne s'immortalisent que dans leurs redondances. Et “j'empathise” puisque nous nous donnons la réplique.
J'ai accepté l’appel avec grand plaisir, en mentionnant quand même que ce n’est pas sans malaise (j’ai l’habitude, depuis plus de 20 ans maintenant, de me faire prendre en souricière sur ce terrain), mais que je considdère que c'est mon devoir de le faire. Accepter l'appel, le dialogue.

Je n’entrerai pas dans le vif du sujet tout de suite, je vais vous laisser écouter le programme comme on dit lol 
Or, en pré-entrevue, avant le procès-verbal, on m’a demandé quelles pourraient être selon moi les solutions pour contrer les fautes de ladite “insécurité linguistique” qui existe ici. 
J’ai répondu que ce genre d’initiatives, qui permettent les discussions sans conflits, sans désir de s’évincer mais plutôt dans le but de trouver le commun, était le bon point d’ouverture vers une “entente”, vers tous les accords possibles de ce qui est déjà. 
Alors allons-y …

C'était quand la dernière fois où j'ai participé à une émission de débat à la télé ?
Ouf ! Je m’y attendais mais…malgré tout, ça décontenance pas à peu près, ça se passe très vite, c’est condensé et donc à plusieurs intervenants, c’est piétinant af…
Heureusement, Stéphan est un maître de cérémonie hors pair qui guide très bien son navire et l’équipe qui nous reçoit est super accueillante et bienveillante. ♡
J'essaie de tout écouter, attentivement.

Le concept de l’émission est vraiment intéressant. Ça fait du bien de s’éloigner un tant soit peu de “l’entertainment” pour plonger dans les vrais enjeux de société.
Or, je constate rapidement - après qu'on m'ait déplacée d'un millimètre genre 20 fois pour mieux dissimuler les caméras puis demandé d'atteler en vain mes cheveux indociles qui piaffaient le micro - que ce sera très difficile de dire tout ce qui doit dans ce cadre, dans le show time, entre tous les sujets et les dramatiques qui se bousculent, tous les acteurs qui se promeuvent, tous les objets qui doivent se vendre, tous les punch lines…
Moi je n’ai rien à mettre à l’avant plan. J'chu pas là pour ça. 
Le thème est dense et préoccupant. Je veux plonger dans ses détails et les mettre en page couverture. 
Dire que nous ne sommes pas ses sujets mais son verbe. Et qu'il y a des humains qui l'éprouvent et qui n'ont pas le loisir de s'en harnacher pour se vendre !
(Grosse accolade en passant à Béatrice Rea, sociolinguiste invitée que je rencontre pour la première fois et avec qui j’ai eu de belles convos. On est sur la même longueur d'onde. Elle aussi n’était là que pour défendre la cause et elle connaît sa matière en profondeur ! ) 

Je me recentre sur ce pourquoi je suis là ;
Parce que je fais partie de ceux qu’on pointe du doigt quand on cherche les coupables de la décadence. Je suis avec eux dans les écoles où on teste, où on expérimente, où on apprend qui on est, dans les quartiers de l’immigration qui se redécouvrent en nous, sur les scènes du Hip Hop et du Rap qui déchaînent la parole, dans tous ces médiums qui nous racontent au présent et qui essaient de dire à haute voix toute la brillance que nous avons à offrir (et qui d'ailleurs captive le reste du monde !) mais qui se tait trop souvent en son propre pays, devant les bras croisés qui préfèrent accuser les mauvais usages du vocabulaire oral ou écrit plutôt que de s'entendre parler à tous les temps.
Quel dommage… 
Le vrai dommage de notre langue. On endommage ceux qui la parlent franchement, qui la portent au quotidien ! Qui ne font pas que la marchander mais qui la résident ! La langue maternelle, la langue familiale, la langue de la jeunesse, celle du peuple !
C’était déjà elle qui prenait sa place et créolisait le Latin du vicus, ce Latin qui n’est pas celui de Cicéron ou de Virgile mais celui de la plèbe ! 
C’était elle qu’on entendait dans nos rues et qui se faisait railler par la cour, l’administratif, les Pléiades, l’Académique intellectuel puis le Conservatoire et les Monologues du p’tit monde, le vocabulaire théâtral du télé-radio-diffusé déphasé…
Shiishhh! Heureusement qu’elle est restée debout ! Qu'elle est restée populaire ! Car elle aurait pu s'éteindre sous ces contentions ! Oublier de vivre, de s'étendre, prise dans ces fixations ! Car c’est elle qui pour nous parle vrai aujourd’hui et c'est elle que le monde entier écoute avec attention parce que dans son choc des patois, dans son slang, tous les slangs se reconnaissent !
Parce que les soit-disant “erreurs d'hier font les normes de demain ! ” comme le dit Alain Rey. Parce qu'aujourd'hui, on dit «fromage» et non «formage» comme avant, comme on le dit encore en Italie ou en Algérie. Parce qu'il chapeaute bien son prononcé mais qu'en fait on s'en bât de cet accent circonflexe qui a mis 200 ans à être validé par l'Académie qui le trouvait prétentieux ! Parce que le fameux « sera-t-il, ira-t-elle... » du bien parlé français fut d'abord reviré d'bord dans sa tournure d'origine germanique !
Parce que les règles nous passent au-dessus d'la tchass et que les mots «patnè, feel ou love », gros, sont compris aujourd'hui dans toute la francophonie vu qu'on connaît les bayes comme toute la tchache et les accents de la hess dans tous les bleds et les bandos de la terre, frère ! On connaît ! On s'reconnaît... 

Je ne sais pas comment sera présenté l’edit de l’émission et de la discussion. Mais à un moment donné, prise de vertige, j’ai juste essayé de trouver les rares fentes qui nervuraient le tourbillon de la doxa pour ponctuer l’essentiel dans les faits, pour rééquilibrer l’objet par les deux bouts ;
D’abord, dire que quiconque connait vraiment l’histoire de la langue française sait très bien qu’elle est née avec ses complexes et son insécurité et que l’alarme qui l’accompagne depuis toujours n’est que symbolique. 
Loin d’être sur le point de disparaître, elle est encore dominante (et dominée ! Et c'est là qu'on doit se réveiller !) sur le plan géo-politique, centre d’intérêt sur le plan culturo-économique. Le monde entier la salue, surtout ici au Québec alors qu’elle se présente comme à l’origine, résistante et indomptable ! Alors qu’elle se vit dans ce qui a été présenté comme la beauté de cet  « universel dans tous ses particuliers » lors du XIXe sommet à Villers-Cotterêts y'a deux semaines.
«Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » nous ont-ils répété au nom des Lumières.  Même les papelardises disent vrai parfois, quand l'évidence est claire.
Apprenons l’histoire de la langue française, mettons cette lumière dessus et on verra comme on va l’applaudir plutôt que la renier. 

Ensuite, dire que le meilleur cheval de bataille pour porter sur son dos toute cette histoire, celle qui fut comme celle qui est et qui sera, ça reste, depuis les pseudos langues indo-européennes, l’art et la culture ! La langue qui parle de nous et pour nous dans nos chansons, dans nos livres...nos rencontres !
Il faut apprendre à se lire ! Car qui sait se lire se délie, qui se sait unique s'unit et qui sait se dire n'oublie pas que toujours à lui-même il se dédie.
Les paroles s'envolent dans les cieux de l'écrit !
Car les langues qui disparaissent sont celles qui ne s’écrivent et ne se lisent plus, qui se déracinent et perdent leurs fondements. Alors que celles qui gagnent en vitalité sont celles qui se racontent sans freins, qui se partagent et se disent avec le monde, avec les mots du monde à l’ère de la mondialisation ! Celles qui se plaisent, se reconnaissent, se renforcent à recevoir les autres avec qui tout le marché, tout ce qui a été marché - appelle ça comme tu veux - toute l’économie, l’écologie, l’éco-logos se consolide ! 
On n’arrêtera pas le progrès. Et il faut l’entendre se raconter en français. C’est de toutes beautés. 

Diffusion le mercredi 6 novembre, 20h, Télé-Québec
 
 


 

 
 
 
 
 
 

À L'Effet Pogonat 

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C'est avec plaisir que j'ai accepté de porter cette nouvelle chronique, invitée par Catherine Pogonat et son équipe de feu.

Pour ceux qui me connaissent bien, vous savez que ce sujet me suit depuis le début de ma carrière, y'a déjà plus de 25 ans ;
Qu'est-ce que l'art, la musique engagée ?
Comment suis-je engagée à travers mes oeuvres ?
Est-ce qu'un artiste se doit systématiquement d'être engagé, par défaut ???

Et bien parmi tous mes engagements, je commence par celui-ci → Assumer l'essence première de l'art : offrir et appartenir à l'ensemble avant d'en profiter. 
Si aujourd'hui on n'est plus forcé de se dire engagé pour se nommer “artiste” et faire de la très bonne musique, il faut quand même savoir que la musique est née dans son engament, que la musique est fondamentalement, originellement engagée ! Ne l'oublions pas ! Car c'est souvent elle qui a changé le cours de notre histoire !
Donc à cette ère où les artistes ont peur de la signification, du poids et des conséquences de ce terme, retournons à l'origine et à l'essence de la musique engagée et explorons ensemble comment et combien son oeuvre à marqué puis changé l'histoire de l'humanité. 

Chronique 1 : INTRODUCTION - Les premières volontés de la musique 

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