
Cette semaine, j'ai entendu dire beaucoup de bêtises, encore... de mensonges sur l'immigration, sur les fautes des immigrants, sur tout ce qui ne va pas au Quebec et qu'on leur met - par imposture ? par peur ? par négligence facile ? - à tort sur le dos.
J'ai entendu dire aussi qu'on n'entendait pas suffisamment la voix de ces immigrants, qu'on ne les voyait pas prendre parole pour se défendre ;
*Tchuip...
Et personne n'a pensé que ces immigrants sont peut-être trop occupés à survivre pour accorder du temps et de l'énergie à vos balivernes médiatiques ?
Que d'autres sont bravement essoufflés mais debouts, humbles devant l'horizon et simplement reconnaissants d'avoir survécu à la mer ? Ou d'avoir été portés par elle ?
Et que d'autres peut-être n'en ont plus rien à battre et ne sont plus ébranlés par ces calomnies qui se répètent en boucles depuis trois ou quatre générations déjà ?
Ils sont occupés à vivre. À vivre leurs vies. Et les nôtres aussi. Trop occupés à transmettre le vivant et l'amour pour que la médiocrité et la mesquinerie n'arrivent ne serait-ce qu'à leurs chevilles.
Oui, on est là. Là où tous les moments de cette vie qu'on partage nous ont voulus. Là, pas qu'au passé, pas que pour passer mais comme le présent... et l'avenir.
🔥
Méfiez-vous du typhon qui dort.
Car le silence ne dort pas quand il est d'or.

« Lire…c’est oser le vertige.
Que serait mon élan sans mon antan ?
Memoria.
Le mat qui tient la voile a toujours besoin d’un socle solide.
On peut donc lire comme on se souvient. Car derrière chaque livre, on lit d’autres livres, parfois jamais écrits mais tapis au fond de nous.
Jour de lecture, jour de rencontres, jour de réveil ! Qu’on nous frotte les yeux !
Parfois, démiurge, un auteur lève un rideau et vous dévoile tout ce que vous ignoriez en croyant connaitre un être cher.
C’est Hemingway qui m’a tout appris du courage, de la volonté, de l’abnégation, de la dignité, de la condition de mon grand-père, pêcheur Niodioroi…
Alors, quand on me parle de l’identité d’un écrivain, je réponds : foutaises !
Lire un auteur par et pour ses origines n’est que pure hérésie littéraire.
La fragilité de l’humain, les questions existentielles et la vision du monde que les bons auteurs savent nous transmettre rendent toutes les frontières poreuses.
Tentaculaire, la généalogie littéraire surplombe toutes les barrières. Nous sommes dispersés sur le globe mais la littérature nous tisse des liens. »
Fatou Diome (Le vieil homme sur la barque)

*Ma chronique d'aujourd'hui est inspirée par Lovhard Dorvilier alias Le Voyou, l'un des membres les plus importants de la grande famille de Muzion, la “Dynastie des Morniers”.
Il était un peu le 2Pac du Hip Hop québécois, ne mâchait pas ses mots, avait un charisme qui le précédait mais formulait des reflexions profondes et nuancées et représentait la voix et les voies de la rue avec beaucoup d'authenticité, de générosité, d'intelligence et de perspective. Il en a fait réfléchir plus d'un et a changé plusieurs vies autour de lui.
Si l'image vaut mille mots - et Dieu sait qu'il en avait toute une - seul le vécu et la souveraineté de conscience permettent ce détail dans les images qui nous captivent longtemps et l'éloquence qui marque et déploie, le temps d'une existence, d'une biographie, l'imaginaire et la créativité qui nourissent le mouvement individuel qui sert et fait vivre l'ensemble. Car c'est à l'ensemble qu'on revient. Et c'est toujours ensemble qu'on devient.
Pour moi, Le Voyou a été l'une des plus grandes figures masculines de ma vie, quelqu'un avec qui j'ai partagé beaucoup d'amour, beaucoup d'agir, beaucoup de souvenirs, de rêves et de devenir et aussi beaucoup de musique, de savoir et de ittérature... Comme il le disait souvent : « Faut apprendre à faire le deuil. Des fois même de soi-même » pour devenir encore et pour toujours.
L'oeuvre du Voyou, celle qu'a été sa vie, m'a inspiré ma lecture de celle de Shaka Senghor que je vous présente aujourd'hui...

Dans tout le parcours de Muzion, le premier groupe qui a connecté avec nous en sortant des sentiers battus et en nous invitant dans leur propre culture, sur leur scène et a confirmé que le Punk Rock et le Hip Hop sont deux forces alliées et complémentaires ? : Les Vulgaires Machins
Mais quelle riche moment c'est pour moi, avec le recul de plusieurs années plus tard, alors que nous sommes tous encore dans le vif de l'action et de la nécessité de conscience, de manifester cette évidente connexion avec eux.
Par les temps qui courent, il était de mise que j’accepte leur invitation à mettre le feu et à sabrer le champagne ensemble sur cette bombe à retardement de dingues.
Alors, champagne au sol et fiyah pun dem pour « L’effondrement qui vient » ! Feu à volonté !
Et à l’amour, la famille ! À l'amour ! ❤️🔥
Mon couplet :
Quand c’est pas la mer, c’est l’amertume qui tue
Le rêve qui veut t’asphyxier
La démocratie qui nous malmène :
« My man… Appelle-moi M’sié »
La liberté te mord,
Dévore ton futur à chaque bouchée
La fable qui endort l’Homme
Que la Femme va accoucher !
Est-ce que l’amour suffira,
Se fiera au temps qui a raison ?
Va-t-elle lui donner sa vie…ou ses bras,
Son cordon de pendaison ?
Sa guerre,
La peur de l’inconnu, de l’histoire qu’on écrit ?
Se vaincre ou se taire
Avant que l’enfant ne desserre les poings et lâche son premier cri ?
Ayida Wedo !
Que le ciel m’accompagne !
Le bébé sur le dos
La mitraille sous le pagne
Banger dans la bagnole
Ce soir, on sort du bagne !
Champagne au sol car le rêve crève…
Que le jour se lève !

Stéphane Garneau et son équipe m'ont invitée pour partager avec eux et avec vous ce dont j'ai envie, sur un pays qui porte une grande signification pour moi, dans ma vie et dans ma carrière. Évidemment que je vais vous parler d'Haïti ! Le pays de mes parents, mes grands-parents, de mes anciens, de tous mes combats comme de toutes mes célébrations, de mon identité personnelle et collective, du son, des mélodies, des rythmes qui m'habitent et qui m'appellent, le pays de ma persistance et de ma pérennité, le pays de mon histoire et surtout, de notre histoire à tous.
Celle qui ne nous est jamais racontée.
La seule requête qui m'accueille et me ceint à mon arrivée devant le micro : « Ne parlons pas des crises, parlons d'autre chose, restons dans le léger »
Vous comprenez que ce n'est pas sans un certain malaise et ce n'est pas dénuée de conscience que j'accepte de parler en ce moment d'Haïti dans un cadre de légèreté qui pourrait être dissonante pour ne pas dire sournoise ou hypocrite. Mais c'est mon désir et mon devoir de justement profiter de ce temps d'antenne concis pour mettre la lumière sur le vrai Haïti. L'Haïti de Dessaline, des Taïnos, des Bosals, des empires africains... L'Haïti du 14 août 1791, celui des marrons, des Moun Mòn, des paysans !
L'Haïti de mon enfance aussi, l'Haïti qui a bercé mes inspirations, où j'ai été aimée par une grande famille nombreuse, par tout un quartier, tout un village, tout une nation qui m'a transmis l'art de joindre l'être et le devenir, l'avoir et le savoir, la lutte et ses cérémonies, l'individu et son humanité.
Honneur et respect.
J'ai tout juste le temps de vous pointer la lumière. Prenez tous ces mots, ces noms, ces dates que je dissémine et allez les rechercher en profondeur.
Bonne écoute...
Bon 234e anniversaire de la Cérémonie du Bois Caïman à tous les haïtiens et à tous les peuples résistants de la terre.
Cette insurrection est encore en cours puisque tant que toutes les nations de ce monde ne seront pas libres et égales... 🔥
Let's go party people. Avanse Avanse !
Et mes hommages aux victimes de La Saline, de Delma 6, Delma 8, de Croix-des-Bouquets, de Cité Soleil, de Port-aux-Prince...
Pour vous, les chandelles sont allumées.